Sennefer
"La tombe aux Vignes"

 

 

 

Sennefer est l'un des premiers personnages de l'État sous le règne du pharaon Aménophis II (entre 1439 et 1413 av. J;C.), alors que l'empire égyptien était à son apogée. Il était le gouverneur de Thèbes, capitale de l'Égypte, ayant autorité à la fois sur l'administration de la capitale, des ports sur le Nil et des districts ruraux qui l'entourent, mais aussi sur les temples de la capitale et l'immense domaine du dieu Amon. Chargé également de collecter les taxes en grains et denrées diverses dont il devait répondre devant le vizir, il était aussi responsable des travaux dans les nécropoles, de l'entretien des temples et directeur des greniers d'Amon, des troupeaux d'Amon, des champs, des jardins et des vergers du dieu. Le papyrus Harris, rédigé trois siècles plus tard, sous Ramsès III, donne une idée de l'étendue des possessions d'Amon :"433 jardins, 2393 km2 de champs, 83 bateaux, 46 chantiers de construction, 65 bourgades, …". Pour occuper un tel poste, il fallait avoir la confiance et les faveurs du souverain ce dont Sennefer s'enorgueillit, car il se qualifie volontiers dans sa tombe de "grand confident du Seigneur du Double Pays". C'est pourquoi il portait aussi les titres, entre autres, de "Prince de Thèbes", "Superintendant des troupeaux, des greniers, des champs, des jardins et des vergers d'Amon","Premier confident dans le cœur du roi", etc.". Et sa position privilégiée était confortée par celle de sa famille : par exemple, l’une de ses épouses, Senetnay, prenait soin du jeune héritier Thoutmosis IV en tant que "Grande Nourrice royale"

Sennefer ne semble pas avoir eu de fils, mais un petit-fils, désigné dans sa chapelle comme "fils de sa fille". Il s'agit soit du fils de Mout-Nefertari, dont le diminutif était Nefertari représentée sur quelques monuments officiels avec sa mère Senet-nay, soit de Mout-touy figurée dans l'antichambre du caveau. Mais plus difficile est de savoir si ces deux filles avaient la même mère. En effet, six noms différents d'épouses sont cités dans la tombe de Sennefer, avec les titres de "maîtresse de maison", "chanteuse d'Amon" ou de "nourrice royale". Quant à Méryt, représentée uniquement dans la salle sépulcrale, partie la plus sacrée du tombeau, elle est "l'Aimée", celle que désignent tous les autres noms, la femme sublimée dans le rôle de la Grande Déesse, qui aura le pouvoir de faire renaître son époux dans le domaine de l'Éternité.

La tombe de Sennefer se trouve sur la pente sud-est de Sheik Abd el-Gournah. Dans la décoration de celle-ci, Sennefer est accompagné de trois épouses, Senetnay, Senet-Neferet et Meryt, mais seules ces deux dernières apparaissent dans la structure souterraine de la tombe, le caveau et son antichambre.

On entre dans l'antichambre du caveau par le sud. Ses quatre parois sont décorées : Sennefer est entouré de sa fille Mout-Touy et d'une de ses épouses Sennet-Neferet. La chambre funéraire est une salle hypostyle, à quatre piliers et entièrement décorée de scènes rituelles. Toutes ces scènes se déroulent sous des voilages et une treille chargée de raisins, image de la vigne d'Osiris, symbole de la renaissance promise au mort.

Une fois la porte franchie, seule la très aimée Meryt, maîtresse de maison, grande chanteuse d'Amon, favorite de la déesse Moût d'Icherou, s'affairera autour de son époux dans le secret du tombeau, telle Isis, la magicienne auprès d'Osiris, pour le sortir de sa léthargie.
Trois thèmes se dégagent : la marche vers la nécropole occidentale, la reconstitution du corps du défunt et sa renaissance. Puis l'on passe directement au tableau final. C'est le miracle de la renaissance. Sennefer apparaît glorieux, tel le soleil, sous les yeux des officiants agenouillés dans l'attitude de la jubilation. Le mort "solarisé" ayant retrouvé son intégrité, sa plénitude, pourra désormais aller et venir à son gré dans la nécropole, et jouir à jamais des offrandes qui sont préparées à son intention. Sennefer et Méryt viennent rendre hommage à "l'0siris royal vivant" triomphant de la mon, dont le visage a retrouvé les couleurs delà vie. C'est l'aube d'un jour nouveau. La vigne qui prend racine derrière la jeune femme, source de vie, renforce, par son symbole, la certitude en cette résurrection.

Le parcours emprunté par la vigne sur le plafond du caveau de Sennefer s'éclaire alors. L'inondation qui arrive du Sud, symbolisé par le vautour de la déesse Nekhabit ramène "l'0siris royal vivant" et le réintronise sur le mur nord. Le sang colore son visage et les pampres chargés de grappes tourbillonnent autour du dais. Les eaux rouges envahissent ensuite toute la travée nord , en direction de la porte est , pour proclamer du même coup la renaissance du dieu et la "sortie au jour" du défunt. .

 

Galerie photos 1

Vue générale sur la chambre et ses piliers
Plafond (vignes)

Le motif de la vigne épouse le relief et donne son nom à la tombe. En courant d'une scène à l'autre, les pampres symbolisent le passage de la mort à la vie. La vigne, c'est la crue du Nil qui apporte son limon fertile. L'inondation, qui arrive du sud, symbolisé par la déesse-vautour Nekhbet (photo du bas), ramène "l'oiseau-Osiris vivant" et le reïntronise (voir mur nord, à gauche)

Plafond (autres motifs)

 

 

 

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